Historique

Des origines tumultueuses

Au début du XXe siècle au Québec, le seul contrat de travail en usage pour le personnel enseignant était individuel et c’était la commission scolaire qui l’établissait unilatéralement. Il stipulait, entre autres, que l’institutrice payait son bois de chauffage. L’institutrice de cette époque est bien incarnée par le personnage d’Émilie Bordeleau dans le roman d’Arlette Cousture, Les filles de Caleb

En 1919, des directeurs d’écoles de Montréal mettent sur pied une association professionnelle (sorte de syndicat de boutique) pour les enseignants de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) et ils la nomment Alliance catholique des professeurs de Montréal de façon à contrer la naissance de l’Association du Bien-être des instituteurs catholi­ques de Montréal, instituée le 10 octobre de la même année par quel­que 500 instituteurs et institutrices insatisfaits de leurs conditions de travail.

L’acte de fondation stipule que l’Alliance visait alors à grouper tous les professeurs, instituteurs et institutrices qui tiennent à l’honneur de leur profession et qui condamnent et réprouvent tout acte php d’insubordination comme contraire à leur engagement et à leur dignité. C’est l’Alliance d’allégeance patronale qui a finalement gagné la partie et qui s’est imposée pendant une quinzaine d’années comme organisme de représentation des enseignants et des enseignantes de la CECM, malgré les efforts de plusieurs pour bâtir un véritable syndicat. Ce nom allait donc s’imposer pour la suite de l’histoire.

Un mouvement provincial

En 1936, une jeune institutrice rurale, Laure Gaudreault, fonde, avec ses collègues de la région de Charlevoix, le premier syndicat d’institutrices pour obtenir la parité salariale avec les hommes. Cette initiative donnera le coup d’envoi du mouvement de syndicalisation de la profession dans l’ensemble du Québec.

Se forment alors des fédérations d’enseignants et d’enseignantes. D’abord, celle des instituteurs et institutrices des cités et villes à laquelle adhère l’Alliance, suivie par la Fédération catholique des institutrices rurales en 1937 et par la Fédération provinciale des instituteurs ruraux en 1939.

C’est aussi en 1939 que l’Alliance, reprise en main par ses membres, affirme enfin véritablement son caractère syndical en revendiquant de meilleurs salaires pour aider les membres à sortir de la crise économique. Ce n’est toutefois qu’en 1944 qu’elle est reconnue comme syndicat professionnel en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels du Québec adoptée cette même année.

Dès l’année suivante, le 28 décembre 1945, est fondée, à partir de la fusion des trois fédérations d’instituteurs et d’institutrices, la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques (CIC) qui deviendra la Corporation des enseignants du Québec en 1967, puis la Centrale de l’enseignement du Québec en 1974 et enfin la Centrale des syndicats du Québec en 2000. Et c’est le président de l’Alliance de l’épo­que, M. Léo Guindon, qui, le premier, en assuma la présidence.

 

 

Une page de l'Histoire du Québec

L’Alliance vivra ensuite dix années de luttes contre la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) et le gouvernement provincial dirigé par Maurice Duplessis. Le conflit éclate avec la grève de 1949 qui entraîne la révocation du certificat de reconnaissance syndicale obtenu en 1944. Pour souligner le 60e anniversaire de cette grève historique, l'Alliance a présenté, lors de son 18e colloque, une exposition de 14 tableaux relatant les faits marquants de cette grève et des batailles juridiques qui suivirent. L’Alliance ne gagnera sa cause qu’en avril 1954 par un recours au Conseil privé de Londres, mais ne retrouvera son accréditation syndicale que cinq ans plus tard. Cette crise aura provoqué, en­tre temps, bien des déchirements internes et marqué l’Histoire du Québec, tout comme la grève de l’amiante.

L’histoire de l’Alliance continue de s’inscrire en parallèle de celle du Québec moderne. La Révolution tranquille des années 60 incite l’Alliance, comme les autres organisations syndicales, à pratiquer un syndicalisme plus axé sur des aspirations sociopolitiques. 

Sans délaisser alors les préoccupations professionnelles de ses membres, l’Alliance est engagée dans des luttes sociales pour la démocratisation du système scolaire et l’équité sociale. On établit ensuite, au cours des années 70, des solidarités avec des syndicats du transport, avec ceux des fonctionnaires et avec des groupes de citoyennes et citoyens aussi bien qu’avec des groupes de défense des droits des femmes. C’est ainsi que l’Alliance soutient la formation du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), le développement des coopératives d’alimentation (Cooprix) et fonde, avec d’autres organismes, le Mouvement Québec français (MQF).

Une tradition de luttes

La crise des finances publiques, au début des années 80, ayant entraîné des coupures massives dans les services d’éducation et les autres services publics, l’action syndicale se concentre sur le maintien des acquis sociaux et la consolidation de solidarités sociales et intersyndicales pour contrer le désengagement de l’État.

Les préjugés favorables qu’entretenaient réciproquement jusqu’alors le mouvement syndical et le gouvernement souverainiste de profil social-démocrate se sont transformés en confrontation avec le décret qui impose, en 1982, une diminution des salaires des enseignants et des enseignantes de 20%. Les tentatives de réduire à zéro le déficit de l’État durant les années 90 et l’intégration massive des élèves en difficulté sur fond de réforme scolaire depuis le début des années 2000 ont provoqué une véritable crise à l’intérieur du mouvement syndical enseignant qui opposait les dirigeants conciliants, favorables aux gains défensifs aux autres, plus combatifs, qui ont finalement décidé, à l’issue des négociations nationales de 2005, de fonder, le 7 juin 2006, une fédération autonome distincte, mettant ainsi fin à un demi-siècle de monopole syndical pour les enseignants et enseignantes des commissions scolaires.

La nouvelle Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a tenu son premier Congrès de fondation au terme d’une première année de fonctionnement durant laquelle six des neuf syndicats la composant ont vu leur démarche de désaffiliation de la CSQ contestée par cette centrale. Cette aventure n’a pas ébranlé la solidarité établie de longue date par l’Alliance avec les divers groupes syndicaux, populaires et communautaires de Montréal et, au-delà de notre région, de l’ensemble du Québec. 

Dates importantes